Pourquoi doutons-nous de ce projet de cinéma ?

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On peut se dire que le Levand’or (le cinéma du Lavandou dans les années 80) a été obligé de fermer car l’époque n’était plus bonne mais que les temps ont changé. On peut passer outre le fait que, bien souvent, les petits cinémas ne résistent pas aux grandes structures cinématographiques avec 20 salles et plus. On peut passer outre le fait que, bien souvent encore, nous avons chez nous un écran et un confort qui n’a rien à envier aux cinémas. Enfin, on peut passer outre le fait que la tendance est plus à Netflix qu’à James Bond ou Tarantino. Vous l’avez compris, il est possible d’ignorer de nombreux constats liés à l’audiovisuel mais on ne peut pas passer outre l’étude de faisabilité d’un bureau indépendant qui a conclu qu’il fallait une petite centaine de spectateurs en moyenne par jour et ce toute l’année pour assurer une rentabilité au cinéma des « trois dauphins »… Pour information, le résultat provisoire de notre sondage (lien ici) nous montre qu’en moyenne les gens pensent aller au cinéma deux fois par mois.

Il nous semble que ce chiffre sera difficilement accessible et ce malgré un périmètre potentiel de “clients” qui est en effet assez vaste ; on peut penser que, du Rayol jusqu’à La Londe, peut-être, les spectateurs pourraient venir au Lavandou.

Pour ajouter de l’eau à notre moulin, deux arguments indéniables – et non négligeables – sont à prendre en compte dans ce futur projet. Tout d’abord, il faut bien penser qu’un petit cinéma de trois salles n’est pas complètement maître de ses choix artistiques. Il n’aura pas forcément le top du box office (les films du haut de l’affiche coûtent très chers). Cela aura pour conséquence un déplacement toujours nécessaire des lavandourains vers Hyères ou Toulon pour voir certains films. De plus, que dirons-nous au “fiston” qui voudra l’écran géant “Imax”, le siège vibrant, la 3D et les dernières nouveautés des grands cinémas ? Dès lors, la moyenne de deux fois par mois chute cruellement pour ce projet ! 

On peut se dire que l’afflux touristique de l’été remplira les salles ; il est certain que sur la masse touristique, le cinéma vendra plus de tickets, mais a-t-on vraiment envie d’aller dans une salle noire en plein été ? Et puis, à cette période, il y a aussi le cinéma en plein air, bien agréable… 

 

Alors oui, on peut se dire qu’il faudra se tourner vers les films d’auteurs, les films moins « grand public » pour créer une vraie raison d’aller au cinéma du Lavandou… pourquoi pas, mais nous maintenons que le lieu d’implantation de ce cinéma n’est pas judicieux. Quel en sera le bénéfice pour le village du Lavandou ? Une personne qui aura vu son film reprendra-t-elle sa voiture pour aller manger une glace en centre ville ? Reprendra-t-elle la voiture pour aller faire une promenade sur le front de mer ? Probablement pas…

Nous avions suggéré, il y a plusieurs mois de cela, la possibilité d’étudier la transformation de l’espace culturel en cinéma. Ses deux salles n’ont plus vraiment d’utilité aujourd’hui ou pour le moins rien qui ne puisse pas être organisé dans un cinéma. Avec cet emplacement central, les cinéphiles pourraient facilement faire une petite balade en centre ville et pourquoi pas se laisser tenter par une vitrine ou par une autre, sans reprendre la voiture. Un cinéma en lieu et place de l’Espace Culturel aurait contribué à la vie et l’économie du centre ville ! Le parking aurait-il été un problème ? Non, il aurait été aisé d’intégrer des parkings souterrains, aériens (pour 4, 5 millions d’euros on peut en faire des choses !) et/ou aussi tout simplement une “collaboration” avec le parking du Carrefour Market qui n’est pas très utilisé aux horaires de fermeture du supermarché… 

Enfin le bâtiment de l’Espace Culturel nécessite de l’entretien coûteux (notamment d’étanchéité) du fait de son ancienneté et sa réhabilitation (ou reconstruction) aurait fait d’une pierre deux coups. Au lieu d’étudier cette possibilité le Maire s’est empressé de vendre les places de parking sous l’Espace Culturel, propriétés de la commune, pour aider à financer SON cinéma… 

 

Le maire présente son projet de cinéma comme “un nouveau symbole pour la ville, un nouveau repère pour les habitants ». Les commerces de centre ville n’ont-ils pas déjà une fréquentation qui s’essouffle en moyenne et basse saison? Inciter les gens à fréquenter un « nouveau repère » est-il judicieux ? D’autant qu’un local commercial qui peut-être accueillera un point de restauration ou de bar est prévu. 

et sans parler de ce qui se cache dans ce projet ....

Caché au sein du dossier de permis de construire, un projet dans le projet est prévu en sous table de l’hôtel de ville. Mis en évidence par des flèches jaunes ci dessous, 2 autres bâtiments sont prévus… Pour quoi ? Pour qui ? De nouveaux commerces ? Mystère… 

Il se dirait aussi que l’attribution de l’exploitation de ce cinéma serait déjà attribuée…ah bon ?   

Dernier point et non des moindres : ne parlons pas de la porte ouverte au développement de cette future zone qui forcément, dans les années à venir, prendra encore et encore de l’ampleur entre Bormes et le Lavandou avec des habitations en masse, peu qualitatives. Comment nous déplacerons-nous au Lavandou sur nos petites routes ? Le trait de côte recule et reculera toujours plus avec la montée des eaux réduisant inéluctablement nos plages. Où allons- nous poser nos serviettes de bain ? Plus, toujours plus, la quantité au détriment de la qualité !

Au Lavandou, nous allons avoir un cinéma alors que dans des villes non lointaines comme Cavalaire naissent de beaux projets ambitieux comme par exemple la Maison de la Nature : deux salles pédagogiques, une salle de conférence, deux salles d’atelier, une buvette, un toit terrasse… Complexe où l’on aurait pu aussi penser intégrer une  possibilité de cinéma !! Comme quoi, nous ne sommes pas opposés au cinéma en lui même…

Les ateliers pourraient être participatifs, de co-working, avec des machines outils mises à disposition, du matériel (imprimantes, imprimantes 3D…) où les projets pourraient se confronter, s’aider et en faire naître d’autres…

Un espace de vie quoi ! Polyvalent, intéressant, culturel, multigénérationnel, transmission de connaissances, facteur de liens sociaux, de partage…

Alors, nous comprenons bien l’envie de Gil Bernardi de mettre enfin son nom sur un projet nouveau au Lavandou mais est-ce sérieux de compromettre les années à venir de notre village avec un projet annoncé comme incertain, bien triste, sans saveur et sans horizon ?

Nous espérons sincèrement nous tromper dans notre analyse mais, à ce jour,  nous sommes perplexes. Ce cinéma atteindra-t-il ses objectifs afin que le locataire puisse exploiter cette structure publique sur du long terme et ainsi payer ses traites ?…  Sinon, il faudra trouver une réorientation à ce bâtiment construit avec l’argent du contribuable, si toutefois cela est possible…

Pour conclure, et au regard des nouvelles constructions mystères prévues dans ce projet, une question se pose : quelle vision pour le Lavandou ? Maintenir ce qu’il reste de l’esprit village ou convoiter le classement de ville moyenne avec encore et encore de nouvelles constructions… Gil Bernardi semble avoir choisi la démesure et la dé-raison. Quand les lavandourains et les lavandouraines ouvriront-ils les yeux et dépasseront le simple saupoudrage de bonheur pour enfin stopper sa folie ?

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